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Première saison de maraîchage sur petite surface à Arthey !

Fin 2016, Thomas rejoint l’équipe des Jardins d’Arthey dans l’idée de développer l’activité de maraîchage. Cet article fait le bilan de cette première saison de production. Nous établirons également un parallèle avec le travail réalisé par l’étude de l’ULB et du Crabe – Évaluation de la performance écologique et économique d’un système diversifié de polyculture maraîchage-arboriculture fruitière sur petite surface en Région Wallonne.

Moyens humains

Le maraîchage est le projet professionnel de Thomas. On peut dire qu’en moyenne son travail représente 1 ETP sur l’année (40h/semaine). Il a reçu de l’aide bénévole au minimum un à deux jours par semaine de la part de l’équipe. Il a également eu le soutien de jeunes en stage « service citoyen » pendant 4 mois et présents 4 jours par semaine. Plusieurs chantiers ponctuels ont également été organisés, par exemple pour installer les serres ou repiquer massivement.

On peut donc considérer qu’en moyenne 1,5 ETP a été déployé toute l’année autour de ce projet.

Matériel et infrastructures

Pour cette première saison, très peu d’outils ont été achetés au niveau du travail du sol et de la production :

  • Deux grelinettes ;
  • Quelques pelles, râteaux, houes et bêches ;
  • Un semoir (de marque earthway).

Un tracteur est venu avec une fraise et une herse pour le travail du sol en début d’année. Il est aussi prévu d’acheter un motoculteur, mais pour cette première année la location a été privilégiée afin de tester différents outils et faire mûrir notre choix d’achat.

Deux serres ont été installées et totalisent une surface d’environ 400m². Elles ont été équipées en juin d’un système d’irrigation goutte à goutte auto-régulant. Ce système a été alimenté en eau de ville pour cette première année car la mare et la récolte d’eau de pluie ne sont pas encore opérationnelles.

Le détail du matériel et des investissements achetés est présenté dans le tableau ci-dessous.

Outil ou infrastructure Prix (€)
Serre neuve (8m par 40m) 6.000
Serre d’occasion (6,5m par 15m) 800
Système d’irrigation (avec 3 cuves IBC de stockage) 4.300
Outils 400
Semoir 200
Caisses bleues maraîchères 300
Balance 100
Câbles chauffants et espace de semis 100
Filet de protection et filet à rame 400
Terreau 300
TOTAL 12.900

 

Le design

La parcelle des trois marronniers sur laquelle est installée le terrain de maraîchage représente une surface de 1 hectare. Dix parcelles de 2 ares ont été installées à l’extérieure avec des planches permanentes (type Jean-Martin Fortier). Environ 4 ares ont été mis en culture sous serre. La surface totale potentiellement exploitable est donc d’environ 25 ares. En 2017, la surface réellement exploitée était de 20 ares. Notons que toutes ces surfaces extérieures n’ont pas été totalement mises en culture cette première saison.

Design maraichage

Par rapport au plan ci-dessus, la mare et la cabane n’ont pas encore été installées et sont prévues pour 2018. Nous prévoyons également la plantation de petits fruits et d’arbres fruitiers aux alentours des parcelles de culture. Nous gardons ce travail pour l’hiver 2018, cela aura permis de bien analyser la circulation (des légumes, des personnes) sur le terrain afin de les planter aux endroits les plus pertinents. Nous pensons en effet que le design doit être retravaillé au fil de l’utilisation du lieu. C’est pourquoi, à part les serres, aucun élément structurel important n’a été installé cette première saison.

Saison 2017 : Résultats et analyse

L’installation sur la prairie dite « des trois marronniers » n’a pas toujours été simple. D’autant plus car qui dit « première année » dit « faire un peu tout en même temps » : démarrage des canaux de commercialisation, préparation du sol et des planches de culture, premier plan de culture et installation de toutes les infrastructures, …

Difficultés rencontrées Si c’était à refaire
Le terrain choisi était une prairie permanente. La saison 2017 a été fort humide ce qui a longtemps repoussé dans le temps le travail du sol pour nous permettre de faire des planches et démarrer les cultures. Le travail du sol serait réalisé la saison précédente avec couverture du sol en hiver par des bâches ou de la paille.
Livraison de la serre fin janvier et installation en février-mars. Le montage a été laborieux car nous étions plutôt novices. Montage de la serre la saison précédente pour prendre le temps (compter au moins 10 jours à 3 ou 4 personnes pour la plus grande). Faire monter sa serre par des pro est un investissement en soi, pas sûr qu’on l’aurait fait différemment à ce niveau.
L’arrosage s’est fait à la main jusque juin à travail laborieux et les plants de tomates en ont souffert.
Certaines parcelles ont été couvertes de paille pour faire mourir la prairie. Rapidement les herbes sont passées à travers la paille malgré la couche importante. Pour casser les racines d’une prairie permanente, il faut beaucoup de temps ! Pour faire mourir une prairie, on couvrirait l’espace d’une couche importante de paille en septembre pour cultiver cet espace en mai d’une autre année avec à priori une rotation longue à repiquer (ex : des courges). Au printemps, on ajouterait une bâche pour éviter que les herbes passent à travers la paille.
L’espace pépinière pour réaliser les semis et élever les plants était trop restreint. De plus, le système d’arrosage n’était pas au point. Gérer les plants a donc demandé beaucoup de temps ! Les conditions de températures ont également été difficiles à gérer. Pour 2018, l’espace pépinière a été réorganisé avec la création de couches chaudes (fumier de cheval) et l’arrivée d’eau est maintenant facile. Il ne faut pas sous-estimer le temps de faire ses propres plants surtout quand on n’est pas dans les bonnes conditions. À refaire, on aurait acheté plus de plants déjà prêts à repiquer.
La vente s’est développée à tâton en essayant différentes pistes. C’est difficile à gérer car chaque piste demande du temps en organisation et en communication. Cette étape d’essais des canaux de commercialisation est une étape difficile mais par laquelle il faut passer pour trouver la formule qui convient le mieux au producteur et aux consommateurs de la région.
Difficulté de suivre le plan de culture à la lettre suite à différents facteurs qui ont fait perdre du temps au démarrage (travail du sol, montage de la serre, …). Une optimisation importante peut être envisagée l’année suivante.

La surface réellement mise en culture pour cette saison 2017 a été d’environ 20 ares (chemin entre les planches compris).

Les coûts opérationnels sont de l’ordre de 10.000 €. Le chiffre d’affaire réalisé est de 22.000 € et se répartit en 4 grands canaux de commercialisation :

  • Marché de Boninne: 50%
  • Vente sur le potager (panier et auto-cueillette) : 35 %
  • Magasin Färm de Louvain-La-Neuve: 12%
  • ASBL Complètement Bocal: 3%

Ce chiffre d’affaire est plutôt encourageant pour une première année. En effet, nous pouvons lire dans l’étude de l’ULB et du Crabe :

Les meilleurs chiffres d’affaire d’exploitations semblables se situent entre 25 et 30.000€ pour 1 ETP travaillant 40 heures/semaine.

Notons néanmoins que sans la structure de couveuse d’entreprise qui assure une stabilité financière à Thomas et la coopérative qui a pris à sa charge les investissements, cette première année n’aurait pas été possible à moins d’avoir suffisamment d’épargne pour se lancer (au moins 20.000 €).

Thomas a choisi de faire de l’achat-revente de légumes avec d’autres producteurs de la région pour deux raisons importantes :

  • Certaines productions ne seront pas réalisées (ou très peu) dans le maraîchage sur petite surface (ex: pommes de terre, oignons et ail de conservation, carottes, poireaux…). En effet, ce sont quelques légumes de base qui reste longtemps en place, et dont le prix de vente qui peut être demandé au consommateur n’est pas rémunérateur pour un travail sur petite surface et peu mécanisé. Nous pensons que ce genre de cultures doit plutôt être réalisé sur des surfaces plus importantes et davantage mécanisées.
  • L’achat-revente a été réalisé en collaboration directe avec d’autres producteurs de la région et non en lien avec un grossiste.
  • La diversification de l’étal du marché et des paniers pour le début et la fin de la saison. En pleine saison, très peu de légumes sont en effet achetés à d’autres producteurs au vu de  l’abondance sur notre terrain.

Au total, la part d’achat-revente de légumes dans le chiffre d’affaire est d’environ 3.000 €.

Au niveau de la biodiversité, plusieurs aménagements ont été réalisés cette première année : bandes fleuries, tas de bois, zones de pierres, nichoirs,… Et ce n’est qu’un début! Nous souhaitons continuer dans ce sens pour favoriser l’augmentation de la biodiversité sur le lieu.

Tous les résultats de nos études sont concordants et lèvent le voile sur une fonction jusqu’ici méconnue des micro-fermes rurales et autres potagers urbains : ces exploitations diversifiées, sur petite surface, contribuent de manière tout à fait unique et significative à l’accueil de la biodiversité. La biodiversité des insectes auxiliaires sur ces sites est en effet supérieure à celle observée sur des exploitations moins diversifiées et de plus grande taille, dans des bandes fleuries adjacentes aux grandes cultures, et elle est équivalente voire supérieure au niveau de biodiversité observé dans des réserves naturelles et d’autres sites semi-naturels situés à proximité, dans le même environnement paysager.

Ces résultats, obtenus dans des régions différentes, semblent avoir quelque chose d’universel qui doit nous inviter à réévaluer le rôle des micro-fermes dans la conservation de la biodiversité.